Coup d'État de 2025 en Guinée-Bissau
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| Lieu | Bissau, Guinée-Bissau |
| Issue |
Coup d'État réussi :
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| Inconnu | Inconnu |
| Inconnu | Inconnu |
| Coordonnées | 11° 51′ 50″ nord, 15° 35′ 06″ ouest | |
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Le coup d'État de 2025 en Guinée-Bissau survient le lorsque des coups de feu sont entendus dans certaines parties de Bissau, la capitale de la Guinée-Bissau. Le président du pays Umaro Sissoco Embaló annonce alors avoir été arrêté au cours d'un coup d'État mené par le chef d'état-major de l'armée de terre. Des officiers supérieurs déclarent avoir pris le « contrôle total » du pays et annoncent l'instauration du Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public. Le coup d'État a lieu quelques jours après l'élection présidentielle bissau-guinéenne de 2025 du [1],[2].
Contexte
[modifier | modifier le code]Des élections générales ont lieu en Guinée-Bissau le pour élire le président et les membres de l'Assemblée nationale populaire. La crédibilité du vote est remise en question par des groupes de la société civile et d'autres observateurs après que le principal parti d'opposition, le PAIGC, a été interdit de présenter son candidat à l'élection présidentielle[3].
En , l'ancien Premier ministre Domingos Simões Pereira rentre de son exil au Portugal pour pouvoir participer aux élections[4]. Le , la Cour suprême invalide la candidature de la coalition Plateforme de l'alliance inclusive-Terra Ranka, qu'il dirige, aux élections législatives, et compromet sa candidature à la présidentielle[5]. Le , la candidature de Domingos Simões Pereira à la présidentielle n'est pas retenue par la Cour suprême[6].
Le PAIGC décide par conséquent de soutenir la candidature de Fernando Dias. Celui-ci mobilise pendant sa campagne et devient ainsi le principal adversaire du président sortant[7],[8].
Le président sortant, Umaro Sissoco Embaló, et le candidat de l'opposition Fernando Dias da Costa revendiquent tous deux la victoire à l'élection présidentielle. Le coup d'État a lieu alors que les résultats officiels du scrutin ne sont pas encore publiés le .
Il s'agit du neuvième coup d'État ou tentative de coup d'État en Guinée-Bissau depuis son indépendance du Portugal en 1974 : les deux tentatives de coup d'État les plus récentes, en 2022 et 2023, visent également Embaló[9], tandis que des allégations de complot de coup d'État sont également faites à la fin octobre 2025[10]. Les deux tentatives de putsch le poussent à dissoudre l'Assemblée, bien qu'il soit accusé par ses critiques d'avoir fabriqué des crises comme prétexte pour réprimer l'opposition.
Déroulement
[modifier | modifier le code]Le , des coups de feu sont entendus devant le palais présidentiel de Bissau, le ministère de l'Intérieur[11], ainsi qu'à la Commission électorale nationale. Un porte-parole du président Embalo accuse des hommes armés affiliés à Fernando Dias d'avoir attaqué la commission électorale pour empêcher la publication des résultats électoraux, tandis que l'ancien Premier ministre Domingos Simões Pereira, qui soutient Dias et l'accompagne lors d'une réunion avec des observateurs électoraux lorsque la nouvelle de la violence éclate, accuse Embalo d'avoir tenté de simuler un coup d'État afin de déclarer l'état d'urgence après avoir constaté qu'il a perdu l'élection.
Plus tard dans la journée, le président Embalo déclare à Jeune Afrique qu'il a été arrêté sans violence dans son bureau à 13 h 0 GMT lors d'un « coup d'État » mené par le chef d'état-major de l'armée de terre. Plusieurs responsables sont également arrêtés, dont le chef d'état-major des forces armées, le général Biague Na Ntan (en), son adjoint, le général Mamadu Ture Kuruma, et le ministre de l'Intérieur Botche Candé. Des soldats de la garde présidentielle et une unité d'élite de la gendarmerie sécurisent le palais présidentiel[12].
Au quartier général de l'armée, des officiers militaires, dirigés par un porte-parole Dinis Incanha, publient une déclaration annonçant qu'ils ont pris le « contrôle total » du pays, ordonnant la suspension du processus électoral, la fermeture des frontières internationales et un couvre-feu nocturne indéfini. Les officiers annoncent la formation du « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public » qui dirigera le pays jusqu'à nouvel ordre et exhortent les citoyens à rester calmes[13]. Il est également rapporté que l'armée tente de couper l'accès à Internet du pays. N'Canha déclare également que le coup d'État a été lancé en réponse à « la découverte d'un plan en cours » orchestré par des politiciens et d'autres personnalités nationales et étrangères, ainsi qu'un « célèbre baron de la drogue » visant à déstabiliser le pays en tentant de « manipuler les résultats électoraux »[14].
Suites
[modifier | modifier le code]L'opposant Domingos Simões Pereira est également arrêté et détenu dans une base aérienne à Bissau. L'arrestation de Dias est également annoncée[15], avant que celui-ci n'annonce être dans un lieu sûr dans le pays. Le 27 novembre, Embaló quitte le pays pour Dakar, via un avion affrété par le gouvernement sénégalais. Le 28 novembre, l'Union africaine suspend le pays de ses rangs, ainsi que la Cédéao[16].
Le 29 novembre, Embaló quitte le Sénégal pour la République du Congo[17]. Le 1er décembre, Dias obtient l'asile politique du Nigeria[18].
Le 2 décembre, la Commission électorale nationale déclare qu'elle ne peut pas publier les résultats des élections après que des hommes armés portant des cagoules ont confisqué les ordinateurs de 45 employés et détruit tous les décomptes, à l'exception de ceux de Bissau et du serveur informatique principal stockant les résultats[19],[20],[21].
Réactions
[modifier | modifier le code]Le Front populaire, une coalition de la société civile en Guinée-Bissau, accuse Embaló et l'armée d'avoir organisé un « coup d'État simulé » pour empêcher la publication des résultats électoraux et rester au pouvoir, afin qu'Embaló désigne un nouveau président et un nouveau Premier ministre qui organiseront de nouvelles élections pour qu'il puisse se présenter à nouveau à la présidence.
Dans une déclaration conjointe, des observateurs électoraux de la CEDEAO et de l'Union africaine déclarent qu'ils « déplorent cette tentative flagrante de perturber le processus démocratique » et demandent aux deux organisations de « prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre constitutionnel »[22],[23]. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, appelle « tous les acteurs nationaux de Guinée-Bissau à faire preuve de retenue et à respecter l'État de droit ».
Le gouvernement portugais, ancienne puissance coloniale de la Guinée-Bissau, exhorte « toutes les parties concernées à s'abstenir de toute violence institutionnelle ou civique » et « à rétablir le fonctionnement régulier des institutions afin de permettre la réalisation du dépouillement des voix et l'annonce des résultats électoraux. »
Analyses
[modifier | modifier le code]Le fil des événements pousse certains observateurs à supposer que le putsch est factice dans le but d'interrompre le processus électoral. D'abord, Embaló, en contact avec des médias internationaux, annonce lui-même à ceux-ci qu'un putsch est en train de se produire. Ensuite, le chef de la junte, Horta Inta-A Na Man, et chef d'état-major de l'armée, est un proche du président. Lui aussi proche du président, Tomas Djassi, ancien chef d'état-major particulier du président, est devenu chef d'état-major de l'armée. Dinis Incanha, porte-parole de la junte, qui a annoncé la prise de pouvoir de celle-ci, est également un proche d'Embaló. Pour sa part, le Premier ministre, Ilídio Vieira Té, était directeur de campagne du président-candidat, tandis que la plupart des nouveaux ministres font partie des proches d'Embaló[24],[25].
Membre de la mission d'observation du scrutin, l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan estime également que le putsch est « cérémonial », tandis que le Premier ministre du Sénégal Ousmane Sonko le qualifie de « combine »[26]. Fernando Dias estime également que le putsch est factice[27].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « 2025 Guinea-Bissau coup d'état » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) « Guinea-Bissau military officers claim 'total control' of country », sur France24,
- ↑ (en) « Coup in Guinea-Bissau. Embaló arrested », sur The Africa Report,
- ↑ (en) « Guinea-Bissau army officers say they have seized power, president arrested », sur Al Jazeera,
- ↑ (en) « Guinea-Bissau: Ex-PM Pereira says will return to country to seek presidency », sur Africanews, (consulté le )
- ↑ « Guinée-Bissau: la justice écarte la candidature de l'opposant Domingos Simões Pereira aux élections générales », sur rfi.fr, (consulté le )
- ↑ « Présidentielle en Guinée-Bissau : le principal opposant exclu d’une liste provisoire des candidatures validées », sur Le Monde.fr, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
- ↑ « Présidentielle en Guinée-Bissau : le camp d’Umaro Sissoco Embaló et celui de Fernando Dias revendiquent chacun la victoire », sur JeuneAfrique.com (consulté le ).
- ↑ « Présidentielle en Guinée-Bissau: l'opposant Fernando Dias promet de «marcher avec le PAIGC» », sur rfi.fr.
- ↑ (en) « Guinea-Bissau president arrested as gunfire heard, sources tell BBC », sur BBC News,
- ↑ (en) « Guinea-Bissau arrests officers for alleged coup attempt », sur Associated Press,
- ↑ (en) « Army officers say they have seized power in Guinea-Bissau, French radio reports », sur Reuters,
- ↑ (en) « Guinea-Bissau military claims to have seized power after disputed vote », sur RFI,
- ↑ (en) « Guinea-Bissau soldiers say they have taken power after reports of president's arrest », sur BBC News,
- ↑ (en) « Soldiers in Guinea-Bissau appear on state television saying they have seized power in the country », sur Associated Press,
- ↑ « Présidentielle en Guinée-Bissau: des militaires prennent le "contrôle total du pays", le président "destitué immédiatement" », sur information.tv5monde.com.
- ↑ « Coup d’Etat en Guinée-Bissau, l’Union africaine suspend le pays de ses instances avec effet immédiat », sur Le Monde.fr, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
- ↑ « Guinée-Bissau : Umaro Sissoco Embaló s’est réfugié au Congo, après avoir quitté le Sénégal », sur JeuneAfrique.com (consulté le ).
- ↑ « Le Nigeria accorde l’asile politique à Fernando Dias, opposant de Guinée-Bissau, à la suite du coup d’Etat », sur Le Monde.fr, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
- ↑ (en) « Guinea-Bissau's electoral body cannot certify results of vote derailed by coup », sur France24,
- ↑ (en) « Was it a coup or was it a 'sham'? Behind Guinea-Bissau's military takeover », sur BBC News,
- ↑ (en) « Guinea-Bissau’s electoral commission says coup destroyed election results », sur Al Jazeera,
- ↑ (en) « Joint Statement by the Heads of the African Union Election Observation Mission, ECOWAS Election Observation Mission, and the West African Elders Forum On the Post-Election Situation in the Republic of Guinea-Bissau », sur African Union,
- ↑ (en) « West Africa bloc, African Union observers voice concern over Guinea-Bissau coup », sur Reuters,
- ↑ « Coup d’État à la bissau-guinéenne », sur lepoint.fr, (consulté le ).
- ↑ « Coup d'État en Guinée-Bissau: les zones d'ombre d'un putsch survenu avant des résultats électoraux », sur information.tv5monde.com.
- ↑ https://www.facebook.com/bbcnews, « Coup d'Etat en Guinée-Bissau : des doutes émergent quant à sa légitimité », sur BBC News Afrique, (consulté le ).
- ↑ « Guinée-Bissau: l'opposant Fernando Dias appelle le général Horta N'Tam à annoncer le résultat de la présidentielle », sur rfi.fr.